Samuel Thomas, artiste perleur iroquois
La vision d’un artiste peut avoir un impact qui dépasse sa collectivité, sa ville ou
son pays. Si elle est bien soutenue, cette vision peut voyager très loin.
Pour Samuel Thomas, artiste perleur iroquois, le voyage a commencé en 2003, année où il reçut une subvention du CAO pour entreprendre le projet du Grand arbre de la paix, collaboration entre différentes communautés pour créer un arbre de la paix de 1,80 mètre de haut entièrement en perles – représentation visuelle de la paix et de l’unité entre les cultures.
Au cours d’une carrière de vingt-sept ans, M. Thomas s’est efforcé de faire revivre et de préserver les méthodes de perlage traditionnelles des Iroquois. Son art l’a conduit de Brantford, sa ville natale, à de nombreux endroits en Amérique du Nord.
Tout à fait par hasard, lors d’une exposition de ses œuvres sous l’égide des Nations Unies, il rencontra des visiteurs du Kenya qui s’intéressèrent particulièrement à son travail.
Après avoir échangé quelques courriels, il apprit qu’une technique kényane d’enfilage de perles ressemblait beaucoup à une technique iroquoise – la broderie perlée traditionnelle qui faillit disparaître il y a plus d’un siècle. La coïncidence était pour le moins surprenante étant donné le manque de contact historique entre les premiers Iroquois et les Africains de l’Est.
Intrigué, Samuel Thomas partit avec son projet du Grand arbre de la paix pour le Kenya, où il travailla avec les peuples Ogiek, Samburu, Mau, Akamba, Okeirie et Masaï. Il apprit leurs techniques propres, donna des ateliers et les aida à documenter leur art.
Son travail au Kenya lui fit rencontrer Munuve Mutisya, conservateur et fondateur du Musée de la paix Akamba, organisme qui travaille à la préservation et à la promotion des traditions culturelles, spirituelles et artistiques africaines. L’œuvre de Munuve Mutisya porte principalement sur la promotion de la paix par les arts et, tout comme celle de Samuel Thomas, elle est axée sur les arbres de la paix.
Les éléments communs à leur art les conduisirent à unir leurs efforts. C’est ainsi que, depuis 2004, ils sont actifs dans différentes collectivités de l’Afrique de l’Est pour aider à préserver les traditions artistiques indigènes. Ils prévoient également de construire, vers la fin de l’année, un centre culturel et un puits communautaire. Ils ont récemment effectué une tournée dans quelques grandes villes nord-américaines pour présenter leurs œuvres au public.
Si Samuel Thomas et ses collègues kényans ont pu surmonter les obstacles linguistiques et culturels, c’est parce qu’ils croient en la valeur de leur patrimoine artistique. Partageant leur moyen d’expression, ils ont appris que cultiver les arts et la culture est essentiel pour nourrir les personnes.
« C’est tout le pouvoir de l’art, le pouvoir de la créativité », explique Samuel Thomas.
Il explique également que l’aide en provenance de divers bailleurs de fonds a été un élément important dans l’évolution de son projet du Grand arbre de la paix. Cette aide a d’ailleurs dépassé le seul aspect financier puisqu’elle lui a révélé l’importance de son œuvre et l’intérêt de comprendre les pratiques artistiques traditionnelles dans leur contexte culturel.
Le financement du voyage de M. Thomas en Afrique a été assuré par plusieurs sources.
Le CAO, quant à lui, a octroyé à M. Thomas une subvention dans le cadre du programme Bourses Chalmers de recherche artistique, qui finance des projets offrant des possibilités professionnelles uniques de recherche, d’expérimentation et d’étude de pratiques artistiques ou des occasions de réaliser des idées originales par l'entremise d’une initiative importante.
Photo NO 1 (en haut, à droite)
L’artiste perleur iroquois Samuel Thomas (à gauche) et Munuve Mutisya, fondateur du musée de la paix Akamba, aux Nations Unies. (Photo : Veronique Lozano)
Photo NO 2 (en haut, à gauche)
Des artisanes participant à l’un des ateliers dirigés par Samuel Thomas au Kenya montrent une partie d’une branche perlée. (Photo : Dolores Elliott)