Le milieu artistique fait valoir ses atouts
Cela fait quelque temps déjà que le milieu des arts et de la culture se mobilise pour obtenir une part équitable des fonds publics.
En juin, ses représentants ont rencontré à deux reprises l'honorable Caroline Di Cocco, ministre de la Culture, pour appuyer la demande d’une hausse de financement présentée par le Conseil des arts de l’Ontario.
Au cours de ces deux réunions, dirigées par Martha Durdin, présidente du CAO, et John Brotman, directeur général du CAO, la ministre a entendu des arguments convaincants en faveur d’une affectation de fonds supplémentaires au milieu des arts ontarien.
La première rencontre concernait les organismes phares de la province : la Compagnie d'opéra canadienne, la Canadian Stage Company, le Centre Harbourfront, le Ballet national du Canada, le Festival Shaw, le Festival Stratford et l'Orchestre symphonique de Toronto.
Leurs représentants ont exposé de façon éloquente les besoins particuliers de leur secteur respectif et les problèmes indissociables du fonctionnement de grands organismes. Selon la plupart d'entre eux, les fonds publics servent non seulement à couvrir les frais de fonctionnement, mais aussi à subventionner des œuvres qui présentent certains riques artistiques.
Les nouveaux locaux de la Compagnie d'opéra canadienne, qui abriteront également le Ballet national du Canada, et le déménagement dans le nouveau centre des arts ont entraîné d'importantes dépenses supplémentaires pour ces deux compagnies. Stratford et Shaw, qui n’ont pas fini de se remettre de l'incidence du SRAS sur l'industrie du tourisme, ont tiré comme leçon de cette crise qu’il faut diversifier les sources de revenus et ne pas compter autant sur la billetterie.
Pour maintenir les billets à un prix raisonnable, ces organismes sont constamment en quête de nouvelles sources de revenu – conventionnelles (entreprises commanditaires, par exemple) ou moins conventionnelles (droits d'amarrage, par exemple, dans le cas de Harbourfront). L'Orchestre symphonique de Toronto a créé son programme novateur TSoundcheck pour attirer les moins de 30 ans.
Tous ces organismes offrent également des programmes d'éducation artistique, mais, en dépit de leur importance intrinsèque, ceux-ci ne produisent pas de recettes.
Les organismes phares sont des moteurs économiques complexes : ils emploient non seulement des artistes, mais aussi des menuisiers, machinistes, caissiers de billetterie, administrateurs et autres nombreuses personnes qui contribuent à leur collectivité. Leur assurer un financement de fonctionnement stable est d’une nécessité impérieuse.
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La deuxième rencontre s’est tenue avec un groupe diversifié d’artistes et de représentants d'organismes artistiques de petite et moyenne taille. Plusieurs thèmes ont été abordés.
Danis Goulet, cinéaste et directrice générale du festival des arts et des médias autochtones imagineNATIVE, et Joël Beddows, directeur artistique du Théâtre La Catapulte d'Ottawa, ont parlé tous deux de l’importance des tournées dans les collectivités du Nord, même si les contraintes qu'elles imposent aux ressources financières et humaines semblent les rendre impossibles.
Joël a rapporté qu’il a récemment décliné une invitation de se rendre avec sa compagnie à Paris, mais qu’il était déterminé à trouver les moyens de se produire dans le nord de l’Ontario l'automne prochain.
Danis a souligné la difficulté à gérer la croissance des activités d'imagineNATIVE, le plus grand festival du genre au monde, sans disposer de fonds supplémentaires pour embaucher le personnel nécessaire.
La compagnie Ballet Jörgen Canada se consacre elle aussi aux tournées et a conclu un important partenariat avec le collège George Brown. À la fois directeur artistique de la compagnie et directeur général de George Brown Dance, Bengt Jörgen est parvenu à trouver un équilibre entre les exigences des tournées et les activités de production et de création.
Il a aussi parlé de son travail au collège George Brown et des retombées du programme de danse sur les étudiants. Au terme de leurs études, ces étudiants, qu’ils poursuivent ou non une carrière de danseurs professionnels, interviennent en faveur des arts et les fréquentent.
L’artiste visuel Barry Ace a expliqué la portée historique du Collectif des conservateurs autochtones, dont il est membre. Grâce à ce collectif subventionné par les deniers publics, les œuvres d’artistes visuels autochtones sont pour la première fois traitées par des conservateurs et des universitaires autochtones.
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Jane Howard Baker, directrice générale de Inner City Angels, a décrit les mérites de l’éducation artistique, qui, en renforçant l'estime de soi, la confiance en soi et la connaissance de la communauté, rend les jeunes à risque plus résilients.
Elle a mentionné la gamme des problèmes auxquels se heurtent les artistes qui travaillent avec des enfants à risque, problèmes qui peuvent parfois paraître anodins, mais qui sont en fait considérables.
Par exemple, les artistes qui vivent au centre-ville ne disposent pas toujours d’une voiture, alors que les enfants de milieux défavorisés vivent parfois à la périphérie de la Région du Grand Toronto où les transports publics sont limités.
Asma Mahmood, artiste visuelle et membre fondatrice du SAVAC (South Asian Visual Arts Collective), s’est exprimée sur l’importance de joindre les artistes de toutes les collectivités. Elle a souligné que des organismes comme le sien assurent aux néo-Canadiens de l'Asie du Sud un réseau et un appui.
Jahan Zeb, artiste visuel et conseiller de programme pour l'ICAA (Immigrant Culture and Art Association), à Hamilton, a fait écho à ces propos en signalant que l’éducation artistique et les arts communautaires aident les nouveaux immigrants à s'adapter à la vie au Canada.
Le COBA (Collective of Black Artists) se trouve lui aussi au service d’une forme d’art particulière dans un milieu particulier. Le chorégraphe BaKari Lindsay, codirecteur artistique du COBA, a réitéré le rôle de cet organisme qui appuie la voix artistique distincte et le potentiel de la communauté noire.
Lisa Fitzgibbons, cinéaste et artiste visuelle francophone, a parlé du besoin des francophones d’avoir accès à un plus grand nombre d’initiatives de formation en arts visuels et du besoin des cinéastes francophones d’avoir accès à des installations de production.
Andrew Craig, musicien et animateur radiophonique de la CBC, a mis en évidence le croisement enrichissant qui est en train de se produire entre les diverses formes d’art et a souligné la place privilégiée qu'occupe à cet égard l’Ontario, dont le pluralisme culturel peut favoriser cette tendance.
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Le magazine littéraire Brick publie les œuvres des plus grands écrivains du Canada, mais, en raison de problèmes de diffusion, les contribuables ignorent souvent qu’ils peuvent se le procurer.
Michael Redhill, écrivain et éducateur, craint que le plafonnement du budget de Brick freine la croissance du magazine et l'empêche de consacrer plus d'espace aux auteurs.
Patrick Crean, éditeur de Thomas Allen Publishing, a observé que, grâce aux mesures de stimulation et d'encouragement des vingt dernières années, les auteurs canadiens se sont fait un nom sur la scène internationale.
Toutefois, pendant cette période, les maisons d'édition canadiennes ont vu les multinationales de l'édition empiéter sur leur marché.
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Trois représentants du milieu des arts ont souligné l’importance du travail de recherche-développement des artistes : David Liss, directeur et conservateur de MOCCA (Museum of. Contemporary Canadian Art), Peter Hatch, compositeur et directeur artistique du festival Open Ears of Music and Sound de Kitchener-Waterloo, et Wayne Strongman, directeur artistique de Tapestry New Opera Works et du festival des arts d'Algoma.
L’année passée, MOCCA, galerie d’art subventionnée par le CAO, a déménagé dans le quartier de la rue Queen Ouest pour élargir son public. David Liss a comparé le travail des artistes visuels au travail qui se fait dans le secteur de la science et de la technologie, où la phase de recherche-développement occupe une place prépondérante.
MOCCA présente des expositions en collaboration avec des établissements à l’extérieur du Canada et s'associe à des entreprises et à des organismes gouvernementaux pour présenter des œuvres qui sont ensuite reprises par des galeries d’art commerciales.
Peter Hatch a souligné le rapport entre les grands organismes musicaux et l’évolution professionnelle des compositeurs. Il a fait remarquer que la plupart des artistes établis doivent trouver le moyen de suppléer à leur revenu et que, même alors, bon nombre d'entre eux vivent à peine au-dessus du seuil de la pauvreté.
Wayne Strongman a cité comme exemple le mandat de de production de nouvelles œuvres de Tapestry New Opera pour indiquer que, dans le cas de certains organismes, la prise de risques artistiques signifie qu’il n'y a aucune garantie de recettes de la billetterie.
Kim Tomczak, cinéaste, professeur à l'Université de Toronto et directeur général de Vtape, a loué la démarche d’évaluation par les pairs à laquelle le CAO a recours pour répartir les fonds publics.
Il a indiqué que les artistes qui sortent des établissements de formation sont hautement qualifiés et cherchent à faire carrière dans un environnement très concurrentiel.
À titre d'exemple, il a mentionné que c’est désormais plus facile d’être accepté à la faculté de droit de l'Université de Toronto qu’au programme de maîtrise en beaux-arts de cette université.
Tim Jones, dont l’organisme, Artscape, tenait le même jour un atelier intitulé Bâtir des communautés créatives, a insisté sur la nécessité stratégique d'aligner le plan d’action dans le secteur des arts sur celui d’autres secteurs – éducation, développement économique et planification urbaine.
La manière d’aborder le secteur artistique au XXIe siècle doit être plus évoluée. Et nous devons veiller à intégrer la créativité dans la vie des collectivités pour faire contrepoids aux forces du marché.
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Tout au long de la présentation, Mme Di Cocco a posé des questions pénétrantes et a fait preuve d’un vif intérêt pour les activités diversifiées des artistes de la province. Elle a parlé avec éloquence du rôle que tiennent les arts dans la vie culturelle de la société. Et a aussi réaffirmé sa détermination à améliorer la situation socioéconomique des artistes.
Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec Kirsten Gunter, chef des communications du CAO, kgunter@arts.on.ca.