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Artistes de la RGT : Histoires de migration contées par Ryad Assani-Razaki
Les immeubles d’appartement des années 1960 de l’avenue Jameson regorgent de Néo-Canadiens, et à chacun son histoire. Mais seul un d’entre eux a remporté un prix de 20 000 $ pour raconter ces histoires de migration.
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Ryad Assani-Razaki (Photo: Voula Monoholias) |
Il s’agit de Ryad Assani-Razaki, 29 ans, né à Cotonou, au Bénin, qui s’est fixé à Jameson au printemps 2008 et dont le premier ouvrage, Deux Cercles, a été couronné du Prix littéraire Trillium au printemps 2010. Ce recueil de nouvelles brosse avec sensibilité le portrait d’individus aux prises avec les frustrations de l’immigration. La Main d'Iman, premier roman très attendu d’Assani-Razaki et dont la publication est prévue pour septembre, promet une exploration encore plus approfondie de ces thèmes.
Assis à une table de cuisine dans son petit appartement bien rangé du deuxième étage, Assani-Razaki, quadrilingue – yoruba, fon, français et anglais – parle de l’origine de son écriture.
« Je me suis mis à écrire des histoires sérieusement à l’âge de 13 ans », dit-il. À l'époque, et aujourd'hui encore, sa motivation principale est d’ordre personnel. « J’aime écrire des histoires pour moi-même. Quand on écrit, on se sent bien, on comprend certaines choses, on se défoule. En gros, c’est ce qui me pousse à écrire. Pour moi, la démarche de l’écriture est plus importante que son résultat. »
« Pendant que j’écrivais Deux Cercles, raconte Assani-Razaki, je me posais toutes sortes de questions. Je me trouvais dans un nouveau milieu [à Montréal, où il a entrepris en 2007 une maîtrise en informatique], et ces questions portaient surtout sur l’immigration et la différence. Le Québec est un endroit où l’on trouve des personnes de tous les horizons qui doivent composer les unes avec les autres, mais ce que quelqu'un comprend n’est pas toujours ce que l’autre a dit. Je me demandais d’où venait ce manque de compréhension [grand rire chaleureux] et j’essayais de comprendre ce que ces gens éprouvaient. »
Ainsi, la nouvelle éponyme de Deux Cercles s’inspire d’une scène dont Assani-Razaki a été témoin dans un fast-food de Montréal où il attendait un ami. Un Asiatique essayait de commander quelque chose du menu mais ne maîtrisait pas assez la langue pour se faire comprendre des serveurs francophones.
« Je me suis mis à imaginer ce qui se passait dans la tête de cet homme-là et j’ai commencé à écrire une nouvelle à ce sujet en attendant l’arrivée de mon ami. Cette démarche m’a tellement plu que j’ai décidé d’écrire une autre nouvelle », raconte Assani-Razaki. Huit mois plus tard, il avait terminé les
11 nouvelles du recueil, après en avoir rédigé l’ébauche en une seule nuit de crainte de perdre son inspiration : « Je ne voulais pas m’endormir et trouver ensuite que je ne pouvais plus me représenter les personnages. »
Une fois les nouvelles terminées, Assani-Razaki les a rangées dans un tiroir sans plus y penser, comme il avait coutume de le faire pour tout ce qu’il avait écrit au fil des ans. Des amis l’ont cependant poussé à trouver un éditeur. Après des recherches en ligne pour déterminer les maisons d’édition montréalaises qui pourraient lui convenir le mieux, il a livré le manuscrit à cinq d’entre elles. Trois plus tard, il recevait un appel de VLB Éditeur, qui a publié entre autres Denys Arcand et Joyce Carol Oates.
Faire publier Deux Cercles était quand même accompagné de certaines difficultés. La première consistait à faire lire le manuscrit, étant donné le statut d’immigration d’Assani-Razaki : les maisons d’édition canadiennes qui publient des auteurs non canadiens perdent en effet une partie de leur subvention gouvernementale. Une autre était la précarité du budget de l’auteur, qui livrait son manuscrit en personne pour économiser les frais postaux.
Après la sortie du livre, Assani-Razaki a aussi été déconcerté par les activités de marketing de l’ouvrage, notamment les entrevues – presse écrite, télé, radio… – et les lectures publiques.
« Je suis plutôt réservé de nature, explique-t-il. Je n’avais pas l’habitude de sortir et de parler de moi. En un sens, c’est tout le contraire de la démarche d’écriture, parce que l’écriture est une démarche profondément intime. Il ne me viendrait pas à l’idée de parler de la plupart des sujets sur lesquels j’écris. »
Depuis qu’il a obtenu le prix Trillium en juin de l’année passée, Assani-Razaki affirme que pas grand chose n’a changé. Il aime le sens de l’équilibre – et la sécurité financière – que son travail de programmeur informatique continue de lui procurer. Il continue aussi à jouer à des jeux vidéo avec ses amis, qui, pour la plupart, ne sont pas du milieu des arts. Et il préfère toujours se perfectionner dans la solitude de la lecture et de l’écriture. Il n’a jamais suivi de cours d’écriture ni fait partie d’un groupe officiel d’auteurs – et n’a aucune intention de le faire.
Il admet cependant que le prix a quelque peu modifié son attitude. « Quand vous savez que votre travail est accepté et que les gens l’aiment, vous le prenez plus au sérieux, dit-il. J’y réfléchis maintenant bien plus qu’auparavant. »
Depuis qu’il a été sélectionné pour le prix Trillium, Assani-Razaki s’est consacré aussi à une autre forme de rédaction : il a demandé au Conseil des arts de l’Ontario – et obtenu – une subvention qui lui a permis de prendre six mois de congé de son travail en informatique et de terminer son roman, qu’il s’était engagé à remettre à VLB en janvier 2011.
« On peut terminer une nouvelle en une soirée. Pour un roman, on peut toujours essayer, mais ça ne marche pas » plaisante-t-il. Écrire un roman est une expérience différente par d’autres aspects aussi. Il considère ce roman comme son véritable premier projet littéraire et le trouve plus complet, plus mûr. C’est aussi la première fois qu’il a rédigé une œuvre dont la date d’échéance lui a été imposée. « Ce sentiment qu’il faut terminer quelque chose à une date précise est très différent », dit-il.
Son roman revêt aussi une dimension différente parce qu’il a été entièrement écrit à Toronto, et, selon Assani-Razaki, fortement influencé par la ville. « J’écris sur les différences, et Toronto est l’une des villes les plus cosmopolites de l’Amérique du Nord », remarque-t-il. De sa fenêtre ouverte on entend le grondement des poids lourds qui roulent sur Jameson en direction du QEW. « J’écris sur les endroits où les gens se rendent... et les gens viennent ici. »
Ryad Assani-Razaki a reçu une subvention du programme Création littéraire.
Article rédigé par Leah Sandals.