Workman Arts : Lutter contre les obstacles et la stigmatisation auxquels sont confrontés les artistes ayant des problèmes de santé mentale et de dépendance

Certains des artistes les plus célèbres de l’histoire – qu’ils soient musiciens, écrivains, peintres ou comédiens – sont connus pour avoir eu des problèmes de santé mentale et de dépendance. Ce qu’on oublie souvent, c’est que les artistes atteints de ces problèmes peuvent s’épanouir sur le plan créatif et personnel lorsqu’ils ont accès aux systèmes de soutien et aux moyens appropriés.

C’est là qu’intervient Workman Arts. Depuis plus de 30 ans, cet organisme donne aux personnes qui ont des problèmes de santé mentale et de dépendance la possibilité de surmonter leurs difficultés en leur offrant un refuge où elles peuvent explorer leur créativité et trouver leur place dans une communauté artistique dynamique. Grâce à ses trois décennies d’expérience, l’organisme sait de première main à quel point ces deux éléments jouent un rôle essentiel dans le rétablissement et le maintien de la santé.

Réduire l’isolement, créer une communauté

L’histoire de Workman Arts commence en 1987, lorsque Lisa Brown – une infirmière psychiatrique au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto – fait une observation déterminante : elle constate que les patients en traitement psychiatrique se sentent souvent piégés et s’ennuient, ce qui ne fait qu’exacerber leurs difficultés et ralentir leur rétablissement. Lisa a eu l’idée de faire participer les patients à une pièce de théâtre et a choisi cette forme d’art parce qu’elle permet plusieurs possibilités de participation (à titre d’acteur, d’écrivain, de décorateur ou de danseur, p. ex.).

Le premier spectacle a remporté du succès – et ce qui a commencé comme une production de huit artistes a continué à prendre de l’ampleur. En 1991, Lisa a officiellement créé Workman Arts en tant qu’organisme indépendant dont l’objectif consiste à intégrer dans le milieu du théâtre professionnel les personnes qui bénéficient de services de santé mentale. Et à partir de là, les activités de Workman Arts se sont étendues à d’autres formes d’art.

Aujourd’hui, Workman Arts compte 425 membres (notamment des musiciens, des cinéastes et des artistes visuels) qui ont accès à des studios, à de l’équipement et à des matériaux ainsi qu’à la possibilité de présenter leur travail en public.

Mais ce qui est peut-être le plus important, c’est que les membres de l’organisme font partie d’un milieu artistique qui les soutient et les encourage. « La réduction de l’isolement social est un facteur clé en matière de santé mentale, souligne Kelly Straughan, la directrice générale de Workman Arts. Un endroit comme Workman Arts devient ainsi un élément important dans le rétablissement et le maintien de la santé mentale. »

Un groupe d’improvisateurs posent pour une photo.

Le saviez-vous? 92 % des Ontariens considèrent que l’exposition aux arts et à la culture est importante pour le bien-être individuel.

Source : Les arts et le patrimoine : sondage sur l’accès et la disponibilité 2016-2017, Groupe de recherche Environics, mars 2017.

« Quelq’un qui avait des problèmes de santé mentale ou de dépendance n’avait pas toujours accès à ces possibilités. »

Les cours de formation constituent le fondement de l’organisme et, chez Workman Arts, ils permettent de faire tomber les barrières. « Dans le passé, la définition d’un artiste professionnel était très rigide, précise Kelly. Il fallait faire des études, apprendre le métier et avoir une certaine expérience du monde professionnel. Quelqu’un qui avait des problèmes de santé mentale ou de dépendance n’avait pas toujours accès à ces possibilités– même s’il s’agissait de quelqu’un de très investi dans sa pratique. »

Les cours de formation peuvent servir de tremplin pour une carrière, surtout si les participants n’avaient pas toujours été soutenus ou encouragés auparavant dans leur démarche artistique. Ils peuvent également leur donner plus de confiance et leur permettre ensuite de faire à leur tour quelque chose pour les autres.

Et Kelly d’ajouter : « Ce que nous essayons entre autres ici, c’est d’avoir des formateurs capables de s’identifier à ce vécu. Plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs issus de nos programmes de formation – ils commencent par suivre les cours, ensuite ils les enseignent eux-mêmes, et après ils deviennent des leaders dans le milieu. »

Ce type de progression profite autant aux personnes elles-mêmes qu’à la collectivité. « Peut-être qu’à un moment donné, elles n’auraient pas été capables de penser qu’elles enseigneraient un jour ou qu’elles se définiraient comme professionnelles, poursuit Kelly, mais au fil des ans, elles se disent : “Oui, vous savez quoi? J’ai quelque chose à partager.” Et quand on voit ce changement se produire, ça fait vraiment plaisir. » 

Une femme s’affaire à sculpter un buste sous les regards de plusieurs témoins.

Faire de la pratique des artistes handicapés une priorité

Le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) subventionne Workman Arts depuis 1993. « Le CAO a été d’une très grande aide et l’un de nos meilleurs soutiens, affirme Kelly. Sans le CAO, je ne sais pas où nous en serions. Notre organisme serait certainement beaucoup plus petit et moins actif. »

Avec le soutien du CAO et d’autres bailleurs de fonds publics, Workman Arts a été un chef de file qui a contribué à faire valoir les pratiques des artistes handicapés comme un domaine reconnu. Et depuis 2014, les artistes handicapés (c.-à-d. ceux qui ont des problèmes physiques, mentaux et d’apprentissage) sont devenus l’un des six groupes prioritaires du CAO. Le CAO offre désormais une série de programmes et d’aide à l’accessibilité pour les artistes sourds et les artistes handicapés, tous élaborés à la suite de consultations auprès de ces différentes communautés.

Deux personnes font face à un mur couvert d’œuvres d’art visuel dans une galerie.

« C’est exactement pour ça que nous sommes-là. »

Si Workman Arts autonomise les artistes, il s’est également donné pour mission de redéfinir la perception de la société en matière de santé mentale et de dépendance. « Le côté public de notre action consiste à lutter contre la stigmatisation et la discrimination », déclare Kelly. L’organisme y parvient grâce à des initiatives de sensibilisation et à des événements ouverts au grand public.

Rendezvous with Madness – festival annuel de la santé mentale considéré comme le plus grand au monde – en est un exemple. Being Scene en est un autre : il s’agit d’une exposition-concours qui présente des artistes établis et émergents. Kelly conserve un souvenir particulièrement ému de l’exposition de l’année dernière.

« Nous avions une artiste qui exposait l’une de ses premières fois. Elle était tout simplement ravie de participer à l’exposition et ne pouvait pas croire qu’un de ses tableaux était accroché au mur. Le soir du vernissage, elle a fini par parler avec quelqu’un de son œuvre – ce qui en soi est extraordinaire. Comme elle, bon nombre de nos artistes ont de la difficulté à s’entretenir avec les autres et à parler de leur art. Ils éprouvent un véritable malaise, et certains artistes évitent même la soirée de vernissage pour cette raison. »

« Cette artiste est venue, a parlé de son tableau, et son interlocuteur a ensuite acheté le tableau. Elle était aux anges. Je ne l’ai jamais vue aussi emballée; elle n’arrivait pas à croire que son œuvre s’est vendue. »

« Assister à ces moments où ils ont accompli tant de choses en une soirée est tellement valorisant. Et c’est à ces moments-là qu’on se dit : “C’est ça, notre raison d’être, c’est exactement pour ça que nous sommes-là.” »

Toutes les photos sont reproduites avec l’autorisation de Workman Arts.

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