Le Festival de Stratford : comment le théâtre a transformé l’économie et l’identité d’une collectivité

Nous sommes en 1951, et l’écrivain torontois Tom Patterson ne pouvait s’empêcher de penser à Stratford, la ville où il est né et a grandi. Cette petite agglomération du sud-ouest de l’Ontario s’est construite sur deux industries : la réparation de locomotives et la fabrication de meubles. Au milieu du 20e siècle, ces deux secteurs déclinaient, tout comme la prospérité économique de la ville.

En cherchant un moyen de redresser la situation, Patterson a pensé à la célèbre ville homonyme du Royaume-Uni – Stratford-upon-Avon, lieu de naissance de William Shakespeare – et une idée lui est venue : et si Stratford, en Ontario, pouvait-elle aussi devenir un centre mondial du théâtre shakespearien et classique?

Anita Gaffney, la directrice générale du Festival de Stratford, raconte : « C’était complètement irrationnel. Qui aurait pu penser qu’un festival de Shakespeare pourrait renverser la situation économique d’une collectivité? Cette idée saugrenue a fait sourciller beaucoup de monde en 1953, mais 60 ans plus tard, nous sommes toujours là… Dès la première saison, la réussite était au rendez-vous. »

Créer une industrie touristique locale

La première saison, celle de l’été 1953, annonçait déjà la couleur. « À l’origine, elle devait durer trois semaines, mais elle a été prolongée à six, note Anita. Contre toute attente, 60 000 personnes se sont manifestées. Et mine de rien, ce petit festival a attiré l’attention du monde entier. »

Le nombre surprenant de spectateurs et le fait que bon nombre d’entre eux venaient de l’étranger étaient deux nouveautés pour Stratford. « L’industrie du tourisme était inexistante en 53, et elle s’est vraiment développée autour du festival, poursuit Anita. Nous avons maintenant d’excellents hôtels, gîtes touristiques et petites auberges, tout comme de très bons restaurants. »

Le tourisme est désormais un élément clé du profil économique de Stratford, et la ville attire plus de 1,7 million de visiteurs chaque année. Le Festival de Stratford lui-même génère plus de 140 millions de dollars d’activité économique pour la communauté environnante. Il soutient également plus de 3 000 emplois dans la région – 1 000 directement liés au festival, et 2 000 indirectement par le biais des activités de tourisme et d’accueil.

Le saviez-vous? 44 % des touristes nord-américains qui ont visité l’Ontario entre autres destinations sur une période de deux ans affirment que les arts et la culture constituaient la motivation principale d’au moins un de leurs voyages.

Source : Profil du tourisme artistique et culturel en Ontario, rapport préparé par Research Resolutions & Consulting Ltd. pour le Conseil des arts de l’Ontario, novembre 2012.

Accueillir de nouveaux publics et favoriser l’accessibilité

Plus d’un million de personnes fréquentent chaque année le Festival de Stratford, parmi lesquelles 50 000 élèves. Le festival s’efforce d’offrir à ce jeune public une expérience mémorable. « Ces dernières années, nous nous sommes activement employés à sensibiliser les écoles et à créer des programmes à leur intention pour préparer les élèves aux spectacles – et les enseignants aussi », explique Anita.

Stratford accueille également des spectateurs potentiels qui sont plus à l’aise dans un environnement moins restrictif ou moins intense que le théâtre traditionnel. Il offre des spectacles décontractés spécialement conçus pour ceux qui sont atteints de handicaps intellectuels ou d’apprentissage, de troubles du traitement sensoriel ou d’autisme. Ces spectacles se caractérisent par des éclairages plus tamisés, des sons plus doux et une attitude plus détendue face au bruit et aux mouvements dans la salle. Si cela vous semble familier, c’est peut-être parce que vous avez vu cette adorable photo sur les chiens d’assistance en formation qui ont assisté à une représentation décontractée à Stratford en 2019.

Des spectacles qui créent des liens

La programmation du Festival de Stratford est toujours centrée sur Shakespeare, mais elle s’est élargie pour inclure des œuvres d’autres dramaturges, notamment canadiens, et des comédies musicales. Le festival propose également chaque année plus de 150 activités d’interaction avec le public qui font souvent le lien entre le théâtre et l’actualité. « Ces pièces ont un rapport avec ce qui se passe aujourd’hui, affirme Anita. Pour moi comme pour beaucoup de gens, c’est bien plus concret lorsqu’on voit comment une situation affecte une personne, une relation, une vie – et c’est ce que nous faisons par l’intermédiaire des histoires que nous présentons sur une scène. »

Et Stratford continue à tisser toutes sortes de liens. Récemment, il a établi un partenariat avec l’industrie locale des médias numériques, qui s’est étendue de Kitchener-Waterloo à Stratford même. Grâce à ces relations, le festival a fait des progrès en matière d’activation numérique et de conception de production innovante.

« Une institution qui est importante pour la province »

Mais Anita Gaffney s’empresse aussi de constater que le festival est loin d’être invulnérable. « Les gens pensent de l’extérieur : “Ah, ça existe depuis 60 ans, ça ne va jamais disparaître.” Mais nous vivons chaque année avec un budget très serré, au seuil de la rentabilité. Au cours d’une année, nous devons nous arranger pour que tout fonctionne – nous devons vendre les billets, trouver les fonds. L’organisation est difficile et délicate », déclare-t-elle.

C’est pourquoi les fonds publics accordés par le Conseil des arts de l’Ontario (CAO) et d’autres organismes sont essentiels au fonctionnement continu du festival. « Le soutien du gouvernement est un appui très important, signale Anita. Il fait savoir à la population qu’il s’agit d’une institution importante pour la province. »

Et le CAO joue un rôle unique pour Stratford, dans la mesure où il accorde des subventions pour la création de nouvelles œuvres et le perfectionnement des artistes. « [Le financement du CAO] nous a également permis d’investir dans le développement de nouvelles pièces, d’investir dans la formation de nos artistes », précise Anita.

« Nous pouvons jeter un coup d’œil sur l’ensemble pays et voir au fil des ans de nombreux artistes dont la carrière a commencé chez nous et qui travaillent maintenant à Broadway, dans d’autres endroits du pays, ou qui dirigent des compagnies de théâtre. Le Conseil des arts de l’Ontario nous a aidés à faire cela. »

Toutes les photos sont reproduites avec l’autorisation du Festival de Stratford.

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